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Asseoir un projet consacré au « sujet dans une société inclusive »

Les travaux du Grhapes s’appuient sur la notion de société inclusive comme objet de recherche et, plus précisément, s’ancrent dans une démarche écologique qui appréhende le « sujet dans une société inclusive », déplaçant ainsi les frontières traditionnelles qui traversent le handicap. Ils se distancient des approches défectologiques du handicap au profit d’une analyse de la restriction de la participation sociale. Cette approche est porteuse d’innovations épistémologiques et méthodologiques sensibles. Elle distingue « déficience » et « handicap » et invite ainsi à ne pas privilégier les populations appartenant traditionnellement au champ du handicap, mais à se préoccuper de celles et ceux qui ont des besoins éducatifs particuliers, ou des vulnérabilités, en raison notamment d’une altération physiologique ou cognitive, de troubles spécifiques des apprentissages ou de difficultés sociales (populations carcérales, situation familiale ou sociale difficile, populations allophones nouvellement arrivées, populations itinérantes, etc.).

Cette approche écologique du handicap relie les dimensions spécifiques à l’inclusion, aux pratiques des institutions (école, établissements sociaux, etc.). Elle invite à mettre à l’épreuve les théories et concepts mobilisés par divers champs d’étude de l’éducation, pour saisir les dimensions intervenant dans l’accessibilisation des systèmes éducatifs, et comprendre l’inscription sociale, culturelle et professionnelle des populations ciblées. Il ne s’agit donc pas ici seulement de pluridisciplinarité, mais surtout d’interdisciplinarité, comme principe structurant, permettant le recoupement fécond des différents cadres théoriques qui appréhendent les conditions sociales, pédagogiques, didactiques, psychologiques, symboliques et historiques de la vie humaine. Le Grhapes favorise ainsi le développement de recherches empiriques testant des hypothèses théoriquement fondées et mobilisant des méthodes en sciences humaines et sociales (archives, documentaires, enquêtes et analyses quantitatives et qualitatives) nécessaires au cheminement vers l’interdisciplinarité et intégrées autour de questionnements communs (ONFRIH, 2011[1]).

Prendre l’articulation « sujet et société inclusive » comme objet de recherche permet selon cette approche :

  • d’articuler recherches fondamentales et finalisées, tout en appuyant la production de ressources méthodologiques et pédagogiques ;
  • d’apporter son concours à la définition et à la mise en œuvre des politiques d’éducation et de formation à destination des publics identifiés comme vulnérables ou en risque de discrimination ;
  • de répondre à des besoins émergents en lien avec de nouveaux partenaires ;
  • enfin, de développer de nouvelles modalités de formation.

Ces différents champs de questionnement croisés rencontrent une forte demande sociale et institutionnelle de recherche finalisée et d’expertise interdisciplinaires, en matière de construction des connaissances nécessaires à la mise en œuvre des moyens concrets pour rendre effective l’inclusion scolaire de tous les élèves et leur insertion professionnelle en milieu ordinaire. Cette demande s’exprime tant au niveau des collectivités territoriales qu’au niveau national.

Faire dialoguer deux thématiques de recherche

Le projet scientifique du Grhapes a pour objet la société inclusive conçue comme un espace hétérogène offrant plusieurs manières de « prendre part » et de « se sentir appartenir » à la société. Influencée notamment par les disability studies, cette approche considère que la diversité sociale est source d’enrichissement collectif. Interrogeant l’aptitude de la société inclusive à reconnaître la diversité des profils éducatifs, il s’intéresse pour ce faire aux systèmes éducatifs. Dans cette perspective, le handicap et les besoins particuliers sont en partie liés à l’inaptitude relative d’un système à reconnaître sa propre hétérogénéité. La notion de société inclusive suppose donc ici une vision holistique rendue possible par l’interdisciplinarité, laquelle interdisciplinarité est articulée à des méthodologies offrant une vision diachronique d’une part, et une vision synchronique d’autre part.

Prenant appui sur l’expertise acquise de longue date par l’INSHEA en matière de scolarisation en milieu ordinaire, le projet scientifique s’organise autour de deux thématiques vives et originales qui se complètent :

                1) Apprentissages et pratiques inclusives

Les recherches abordent la question des situations de handicap et de leur appropriation subjective par les individus, ainsi que celle des besoins particuliers rencontrés du préscolaire à la formation tout au long de la vie (enfance, adolescence, adultes). Il s’agit ici d’appréhender les stratégies et démarches adoptées pour ajuster les pratiques pédagogiques et didactiques à la diversité des besoins éducatifs des apprenants, et penser ainsi les conditions de leur autonomie dans toutes formes d’apprentissage. Il s’agit également de relier les pratiques analysées aux stratégies mises en œuvre par les apprenants, les ressources et les systèmes de compensation qu’ils développent, et la façon dont leur environnement comprend et s’adapte à leurs modes d’apprentissage pour les étayer.

                2) Évolutions normatives, représentations sociales et handicap

Cette seconde thématique, par une approche « macro » ou « micro », considère les divers enjeux et mécanismes sociaux qui entourent la participation sociale (scolaire, politique, culturelle, professionnelle, etc.) au sein d’une société inclusive. Ces travaux visent à repérer les logiques des politiques publiques relatives au handicap, à l’accessibilité et à la diversité des publics, et leurs principes de justice. Ils interrogent aussi les dimensions expérientielles et subjectives découlant de la mise en œuvre de ces politiques, des pratiques institutionnelles et de celles de leurs acteurs. Par exemple, c’est à travers le prisme de l’expérience scolaire des élèves que sont interrogés à la fois le droit à la scolarisation et les pratiques institutionnelles à l’œuvre.

Développer et valoriser l’ancrage sociétal du projet scientifique

La structuration des résultats et les participations des membres du laboratoire à des projets européens collaboratifs de type Erasmus+ leur permettront d’écrire des articles scientifiques et/ou d’organiser des événements scientifiques, avec un fort potentiel de valorisation. Deux réseaux vont se structurer avec une approche intersectionnelle et inclusive des besoins particuliers à partir des échanges avec des partenaires internationaux sur genre/handicap/migration/culture d’une part, sur la participation des apprenants en situation de handicap aux interactions sociales au sein de la classe d’autre part.

Beaucoup de projets sont prévus pendant les cinq prochaines années concernant les relations partenariales. Le Grhapes répond à la sollicitation de partenaires publics et privés en envisageant la création de deux chaires, portant sur les thèmes « Handicap et emploi » et « Handicap et numérique ». On notera également, à titre d’exemple, le projet FIRAH (autisme et technologies numériques), qui vise à comprendre l'usage des outils numériques auprès des enfants avec un TSA et à produire des documents pédagogiques pour permettre aux professionnels et aux parents de développer l'utilisation des technologies numériques pour faire émerger des compétences à des enfants avec un TSA. La codirection de plusieurs publications (ouvrages collectifs et dossiers dans des revues scientifiques) découlera du colloque EVASCOL organisé en avril 2018 par plusieurs membres du laboratoire, et les rapports finaux des projets POLYSCOL et EDUCINCLU déboucheront sur l’organisation d’un colloque (2019 et 2020, respectivement) ; suite à des mobilités Erasmus, la co-organisation d’un colloque avec l’université d’Astrakhan est également prévue en 2019.

Promouvoir un parcours vers les études doctorales

Lors du prochain quinquennat, le Grhapes souhaite renforcer davantage l’adossement du master PIHA2 de l’INSHEA aux activités de recherche du laboratoire. Le séminaire de recherche donnera lieu à des publications régulières correspondant aux cycles thématiques choisis. Un module spécifique sera inséré dans la maquette des trois parcours de master, afin de proposer aux étudiants une passerelle plus concrète qu’à l’heure actuelle vers la poursuite en doctorat. Ce module impliquera l’engagement à suivre les séminaires réguliers du laboratoire, ainsi qu’à participer à d’autres événements comme les journées d’études, les colloques organisés par des membres du laboratoire ou encore les journées (semestrielles) de l’EA. Le Grhapes entend, par cette démarche plurielle et volontariste, faciliter la poursuite d’études vers la thèse. Dans cette perspective, quatre projets d’HDR en cours d’élaboration permettront d’accueillir à terme de nouveaux doctorants au sein du Grhapes et enrichiront également les activités de recherche du laboratoire avec de nouveaux membres.

Une mise en œuvre bisannuelle du prix de thèse « éducation inclusive (accessibilité, handicap, participation sociale) », lancé en 2017, est prévue.




[1] ONFRIH (2011). Rapport triennal de l’Observatoire national sur la formation, la recherche et l’innovation sur le handicap, la documentation française, Paris.